Tutos - Expériences - Notes

Making of d'une planche de Deo Ignito

À la demande d'Osg, un petit making-of.

Toutes les images des planches sont cliquables pour en voir une version 1:1.


Au commencement était le verbe

Tout commence par quelques lignes de texte. Un paragraphe, deux tout au plus, pour me donner les indications principales du contenu à délivrer ou une ébauche de la mécanique des planches:

Aze se débrouille, mais peine. Les damnés s'impatientent “ça n'avance pas !”. Sorto vient chercher Aze: “Inutile d'être gentille, tu sais”. “Bon. Viens, c'est l'heure de la pause”. Aze épaule basses. Elle tremble. Sorto le voit. Elle perd son air sévère l'espace d'un instant “tu es sûr que ça va ?”. Sorto propose de changer les rôles.

Je laisse mûrir quelques semaines, et retouche/complète/simplifie si d'autres idées me viennent.

Story–board

Le story–board me permet de caler ce contenu sur les deux planches hebdomadaires. Si le texte peut être facilement divisé en deux parties, c'est à ce stade qu'elles prennent véritablement forme. Le dessin apporte d'autres détails que le texte ne dit pas, et qui peuvent servir à leur tours à l'écriture des textes des phylactères.

Mise au net

Encrage Deo Ignito

Une fois que je suis satisfait du story–board, je passe à la production. Je commence par réaliser un crayonné clean. Si je le crée directement, je travaille d'abord en bleu, et effectue quelques retouches/précisions en gris. Mais je peux aussi imprimer le story-board et m'en servir comme support pour créer le crayonné à la table lumineuse.

Le crayonné est très clean, de façon que je ne doive pas inventer de traits lors de l'encrage. Traits qui seraient source de maladresses et donc de corrections nécessaires (il y en a déjà bien assez comme ça). Quand je ne fais pas la mise au net directement au crayon, j'encre.

Numérisation

Pour les premières pages de Deo Ignito, je travaillais grand. Pas encore A3, mais pas loin (270×360mm). Il me fallait scanner les planches en deux fois, les ressouder proprement, et les réduire d'un certain pourcentage avant de pouvoir travailler dessus. Bref, l'horreur. Depuis, je suis passé en A4, et tout est beaucoup plus simple :)

Je scanne le trait en noir et blanc à 1200 dpi. Je le passe ensuite en niveaux de gris avec un rapport de 4. Et voilà, c'est prêt. Ou presque… Il me reste quelques détails à régler: ajuster le trait aux dimensions de mon gabarit, nettoyer les petits défauts signalés par un /!\ sur la planche, ajouter les détails que j'ai oublié (le bracelet d'Azeroth par exemple)… Je place ensuite les bords de pages, les inter–cases, et j'ajuste au besoin la taille ou la position d'un dessin.

Les sélections

Fond bleu pour Deo Ignito

À ce stade, l'image est composée de trois calques: un calque “trait”, un calque “blancs” et un calque “Sélections” qui ne contient encore qu'un fond bleu uniforme.

Là commence mon travail préféré dans la couleur: les sélections. C'est purement mécanique, ça ne demande pas (ou si peu) de réflexion, cela vide l'esprit. Il s'agit d'isoler dans une couleur différente chaque élément de la planche. Une couleur par personnage, une couleur par case, et des variations pour différencier les objets/plans. C'est long1, mais c'est le seul effort que cela demande.

Sélections de Deo Ignito

Après 30 à 60 minutes, la planche ressemble un peu à un délire de daltonien. Mais cela n'a pas d'importance, c'est juste une couche utilitaire.

J'utilise toujours les mêmes deux couleurs de bases de départ: un bleu sombre et dé–saturé pour le fond et un jaune clair très saturé pour les personnages. Une convention qui m'aide à m'y retrouver rapidement et à ne pas me poser de questions.

Teintes et lumières

Même chose pour les teintes en somme, sauf qu'au lieu d'utiliser des couleurs aléatoires, j'utilise les couleurs des personnages stockées dans un nuancier, ou les couleurs des décors directement repiquées sur une des planches précédentes.

Lumières de Deo Ignito

Teintes de Deo Ignito

Plus qu'à installer les lumières, à bases de dégradés réalisés entièrement à la main et colorés par calque de réglage.

Il restera à écrire proprement les textes du story-board, et leur faire à chacun un joli phylactère, et je pourrai alors mettre en ligne les planches et satisfaire mes lecteurs les plus impatients.

Calques

Pour ceux que cela intéresse, et en guise de mot de la fin, voilà à quoi ressemble une palette de calque typique d'une planche de Deo Ignito:

Palette de calques grasse

Je ne peux plus me passer de cette couleur qu'il est possible de donner aux calques. Là encore, une convention: gris pour le trait, mauve pour les calques de travail invisibles au final, orange pour les teintes, jaune pour les lumières, vert pour les réglages et bleu pour les effets peints. Restent le blanc pour… les blancs, et rouge pour le reste. Ça a l'air gadget comme ça, mais après un mois ou deux d'usage, les anciennes piles de calques sont tout simplement illisibles :D

  1. Il existe un filtre pour faire ça automatiquement, mais le remède est parfois pire que le mal. Si vous êtes intéressé tout de même: http://www.bpelt.com/psplugins/flatting.html

Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike Certains droits réservés.

13 commentaires

Un visiteur (Chriss) a dit :

Très pédagogique comme d'habitude… merci pour tes explications

29 déc. 2008

Un visiteur (Katia EVEN) a dit :

Waooo vite vite vite je mets cette note en favori pour y revenir avec mon packaging d'étudiante!!!

29 déc. 2008

Klaim a dit :

j'utilise les couleurs des personnages stockées dans un nuancier

Peux-tu expliquer comment on en crée un indépendant des psd? Jusqu'ici je me bornais juste a ouvrir d'ancien psd pour réutiliser les couleurs…

En tout cas c'est très interessant.

29 déc. 2008

Dr_Folaweb a dit :

Klaim > Rien de plus simple.

Je ne sais pas si tu as déjà des nuances personnalisées dans ton nuancier, il vaut peut-être mieux les sauver avant de faire les manips qui suivent :)

Pour sauvegarder/charger/remplacer un nuancier, il suffit de cliquer sur la petite flèche en haut à droite de la palette et de choisir dans le menu “enregistrer”, “charger” ou “remplacer”.

Tu n'auras qu'à lui dire ou enregistrer/charger le fichier .aco

Bon, attaquons maintenant !

la création d'un nouveau nuancier

La première chose à faire, c'est de se créer un nuancier vide, ou qui contient quelques couleurs de bases, celles que vous utilisez souvent par exemple, pour des éléments récurrents: fond neutre, voix off, onomatopées,…

Pour effacer une couleur, il suffit de placer le pointeur sur la case correspondante et d'appuyer sur [Alt] avant de cliquer. Hop, une nuance de moins. Reste à le faire autant de fois que nécessaire pour vider le nuancier complètement.

Une fois le nuancier vidé, l'enregistrer avec un nom sans équivoque, genre “nuancier vide”. Il servira de base pour la construction de chaque nouveau nuancier. Un par album ou par projet, par exemple.

Pour le remplir, ce n'est pas beaucoup plus compliqué: on choisit une belle couleur dans le sélecteur de couleur (un clic sur une des deux couleurs de la palette d'outils) et on va la déposer sur le nuancier: le pointeur se transforme en pot de peinture, il suffit de cliquer, de donner un nom à la nuance, et voilà ! Le pot de peinture n'apparait que sur une zone vide. Si le nuancier est bien rempli déjà, cliquez sur la petite feuille en bas à droite de la palette pour ajouter une nuance.

Dans la liste des options de la palette (la petite flèche), choisissez l'option “petite liste” ainsi vous pourrez voir les noms de vos nuances. Très pratique pour les retrouver en un quart de tour de main.

Créer un nouveau nuancier dans Photoshop ? Rien de plus simple !

29 déc. 2008

Dr_Folaweb a dit :

Je vais reprendra la rédaction d'un méga-tutorial si cela continue :D J'aurai peut-être assez de pages pour en faire une version papier sur TheBookEdition ?

29 déc. 2008

Klaim a dit :

Ah oui effectivement c'est tout bête, merci :)

29 déc. 2008

aXelis a dit :

Yeah! Bien expliqué didonc! :) Et l'espace des phylactères est prévu je suppose? Car c'est assez énervant les premières fois qu'on doit faire rentrer un phylactère trop grand à la fin et qu'on s'aperçoit qu'il faut prévoir ça dès le début! ^^"

29 déc. 2008

Arkash a dit :

Ouais, vala, le coup des phyla, tu les retouches sur toshop si jamais ils conviennent pas, masquent le dessin…? Bon, c'est quand meme trop compliqué pour le coloriste noviste que je suis, alors, je vais continuer a travailler en aplats au pot de peinture, paske, bon…:D

29 déc. 2008

Dr_Folaweb a dit :

J'ai une petite idée de l'espace nécessaire aux phylactères grâce au story-board et à l'habitude maintenant, mais sans plus, puisque les textes définitifs sont écrits à la dernière minutes. Si un texte est trop long et que je n'arrive pas à le caser d'une manière ou d'une autre, je le raccourci, voilà tout :)

J'ai bien essayé au début d'imprimer les textes pour prévoir au mieux, mais cela demande davantage de préparation en amont et ça consomme beaucoup de papier…

Si je pouvais consacrer une semaine par planche, pourquoi pas, voire même, lettrer à la main, carrément (mais le résultat sur écran n'est pas toujours génial pour du petit texte). Pour l'instant, je suis parvenu à descendre à une journée par planche. Mais c'est un peu court parfois. Alors si j'oublie un bracelet ou l'autre de temps en temps sur un personnage, tant pis :D

29 déc. 2008

Un visiteur (osg) a dit :

Bonsoir, Bien mince alors, je sais pas pourquoi mais je m'étais dit pas de déo ignito avant 2009 ! (J'ai mal compté mes lundis). Du coup je viens juste de voir la sortie de lundi dernier… Bon d'un autre coté, je ne sais pas si j'aurais attendu jusqu'à 4 heures ;)

Merci bcp pour cette page, qui nous permet de voir encore un peu plus les coulisses de l'enfer…

Oserais-je suggérer que cette page soit incluse en “bonus” dans la version papier du livre second ? A bah si j'ai osé.

Merci encore :)

2 janv. 2009

Dr_Folaweb a dit :

Heu, peut-être. Pourquoi pas. Je me note ça quelque part, juste histoire de ne pas oublier parce que le prochain livre, c'est pas pour tout de suite quand même :)

D'un autre côté, je préfèrerais réserver le livre à la fiction, plutôt qu'à sa genèse. Et je ne vois pas bien l'intérêt que pourrait avoir cette page imprimée qu'elle n'aurait pas sur le web. Pourquoi pas dans un livre bonus ? avec des croquis ou des planches inédites, etc. L'ennui, c'est qu'il faut remplir minimum 40 pages… et puis, c'est vraiment réservé aux hard-fans :)

Bref, j'y réfléchirai. Sinon, ce que je peux faire qui couterait moins cher qu'un livre, c'est proposer des version hi-def de quelques fichiers. Ainsi chacun peut télécharger ce qui lui plait, l'imprimer chez soi ou dans un copyshop, et se retrouver avec une image de taille A4 alors :)

2 janv. 2009

Un visiteur (osg) a dit :

Hum certes, je n'avais pas pensé a tous ces aspects la… La dernière proposition est pas mal aussi:)

Pour le livre bonus, d'ici a quelques tomes, et/ou plein de lundi, peut-être que les 40 pages seront presque prête sans trop y penser…

5 janv. 2009

Monkey-One a dit :

Sympa j'ai une méthode de travail similaire mais moins pro quand même. Faut a tout prix que j'essaie de me mettre au crayon bleu. Faire un crayonné propre pour ne pas passer des heures à “nettoyer” mes planches sur photoshop est ma hantise.

Sinon content de voir que je ne suis pas le seul à bosser sur du A4 pour des raisons pratiques XD Certes on peut moins se permettre de détails mais au moins ça oblige à être efficace et minimaliste. C'est une bonne contrainte quand on est pas très minutieux comme moi :)

18 janv. 2009